Réminiscence • Samba Diouf

L’exorcisme a une connotation ambivalente dans sa racine.
Il renvoie autant à l’action de conjurer des démons qu’à prêter, étrangement serment.
En vérité, les deux termes chez Sambou Diouf se fondent dans un même mouvement.
Sambou Diouf a fait le choix de s’investir dans la matérialisation de l’immatériel. Car ses figures parfois terrifiantes convoquent seul l’onirique afin de trouver un ancrage sur ses fulgurances.
La tradition africaine particulièrement sérère l’inspire ou plutôt l’interpelle. Mystérieuse voire mystique, parfois le mal prend l’ascendant sur le bien. Il est commun d’entendre dire que l’Afrique a ses mystères. Les humains ont des activités diurnes et nocturnes, pareillement, ils ont une part révélée et une autre obscure.
L’artiste a été fasciné par les histoires fratricides dans lesquelles, mystiquement une tierce personne jette l’anathème sur un frère non utérin par jalousie, par exemple. Il a également souvenance de destins brisés par le fait d’autres hommes pour des raisons difficilement avouables. Ces charges négatives sont portées par les êtres qui se vouent au mal. Sambou Diouf sonde ces parts quasi-insondables avec ses peintures et ses sculptures.
Ses personnages se dédoublent et portent des fluides aux redoutables circonvolutions. Rendre ces saillies mystiques relève d’une part d’exorcisme chez Diouf. Il en a connu des cas qui ont marqué sa fine sensibilité artistique.

Choisir ce thème lui permet, en effet, de conjurer ces sorts par l’invocation artistique.
D’autre part, il a fait le serment implicite de porter une sorte d’inédit plaidoyer afin qu’il puisse un jour en être autrement. «Si toute la puissance du mal était orientée vers le bien, notre pays, l’Afrique, seraient à l’heure actuelle à un niveau supérieur de développement !» dit-il.
Il voudrait que nos traditions encore persistantes soient dégrossies et tout notre entrain soit consacré à la réalisation du bien commun.
En alliant ces deux moments, Sambou Diouf a fait le choix de la complexité en documentant l’indicible et l’invisible avec des choix picturaux et sculpturaux à la forme et à la palette maîtrisée.
Sa force d’évocation confine à l’intensité d’une séance d’exorcisme.
Exorcisme. C’est le mot

Massamba Mbaye, Critique d’art et Commissaire d’exposition

Samba Diouf

Samba Diouf

Sambou Diouf est né à Dakar en 1975.
Un rencontre imprévu avec l’artiste Solly Cissé va bouleverser sa vie et le mettre sur la voie du travail artistique. Il s’inscrit alors à

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